Encore un texte magnifique de Taous, fort, touchant et frappant de vérité

 

Drapeau et moulins à vent

Oui monsieur le président je l'avoue , je n'ai pas mis de drapeau 
Qu'on me condamne de trahison , qu'on me mène à l'échafaud 
C'est que voyez vous , je ne possède ni étendard ni oripeau 
 Un emblème ne s'achète pas et je ne sais pas combien ça vaut

Oh j'en avais auparavant , ma mère me l'avait mis dans mon trousseau 
Délicatement brodé , posé entre ma robe berbère et mon caraco
C'est que voyez vous , quand on va loin on emporte de son pays un morceau 
Pour le sentir quand rien ne va et le caresser quand il ne fait pas beau

Et quand j'ai eu mes enfants , je l'ai étendu à la tête de leur berceau 
Pour que les couleurs de ma patrie s'inscrivent dans leurs cerveaux 
C'est que voyez vous , on s'accroche à ses valeurs comme à un radeau
Quand l'identité se perd au milieu de différents chants d'oiseaux

Au fil du temps et des voyages il se trouvait toujours dans mon ballot 
Ne riez pas mais au travail il avait sa place d'honneur sur mon bureau 
C'est que voyez vous , on devient un peu chauvin et parfois même idiot
Quand le ballon sépare des coeurs qui furent solidaires et amicaux

Mais aujourd'hui je suis revenue laissant tout derrière mon dos
Je ne pensais pas avoir à prouver mon nationalisme aux badauds 
C'est que voyez vous , mon drapeau , je le porte en seconde peau 
Pour le faire flotter sur mon balcon vous devrez m'écorcher à chaud

Oui monsieur le président je l'avoue, je n'ai pas mis de drapeau 
J'ai le mal de mère patrie quand je sens qu'on me mène en bateau 
C'est que voyez vous, je n'aime ni le populisme ni l'allégeance des troupeaux
Et je n'ai pas à choisir entre une enclume inconnue et votre célèbre étau

Quand le devoir m'appellera , je rangerai mes larmes, je prendrai les armes et affûterai mes mots 
Car voyez vous , il y a plus de patriotisme dans ma maison sans drapeau qu'il n'y en aura jamais dans vos châteaux .

Bonjour le monde , bonjour l'humanité !