Pourquoi devrais-je me remettre en question, aujourd'hui à cinquante et un an, sur mes traditions que j'aime, sur mes repères qui éclairent ma voie et lui donnent un sens, sur mes souvenirs d'enfance et sur toutes ces belles choses qui font mon tout ? 
Une espèce de honte bue, de déni maladroit, de rejet (vomi) de ce qui peut-être a été mal digéré, une émancipation vers le vide des mémoires collectives ; voilà ce qu'est devenu tout ce qui m'a construite depuis un demi siècle. 
Je n'ai pas envie de recommencer à zéro pour tenter d'aimer ce que je ne connais pas, qui n'est pas moi, qui ne me parle pas...plus que tout ce qui est en moi, si précieux. Et pourquoi le ferais-je ? 
Dire "Saha idek" est devenu "Has been", fêter nos fêtes est devenu polémique, est devenu fade et sans âme. 
Enfant, j'aimais embrasser les mains de mes grand-pères, le front de mes grand-mères, les joues dodues de tous les enfants que je croisais en disant "idek mabrouk" aux miens, à des inconnus, à tout le monde...
Et aujourd'hui encore, j'appelle ceux que j'aime, des amis m'ont appelée au téléphone (certains qui ne l'avaient pas fait depuis l'Aid dernier), des voisines sont venues frapper chez moi avec des gateaux, un pain chaud ou un plat fumant, j'ai rendu aussi (il ne faut jamais renvoyer une assiette vide), des enfants dans l'espoir de récolter quelques pièces m'ont offert leur plus beau sourire...
L'Aid c'est aussi de l'amour, de la générosité, de la solidarité, des familles nécessiteuses (qui attendent ce jour pour offrir des grillades à leurs enfants une fois l'an, et oui il en existe beaucoup), des bouchers qui distribuent des quartiers de viande aux mains tendues...
Je vis mon Algérie à l'ombre des âmes solidaires qui m'empêchent chaque jour de me brûler les ailes en frôlant un soleil qui brille tellement loin de mes simples attentes d'une vie parmi les miens...dans les petits villages et les petits douars...
Saha idkoum

Amina MEKAHLI.