La Voie lactée

Points de vue sur les femmes, la vie, les étoiles

09 mai 2008

Les odeurs de l'été

Je crois que j'ai déjà parlé de la Madeleine de Proust... je ne vais pas radoter... mais la Madeleine, c'est pour le goût... je ne sais pas si dans la littérature, il existe quelque chose pour l'odorat... Oui... parce que moi, depuis un bon moment, je suis plongée dans l'une des odeurs de mon enfance et de ma jeunesse.
Mais comme d'habitude, il faut que j'aille en arrière pour que vous puissiez tout comprendre... l'imagination joue un grand rôle dans mes histoires...

L'été... et les vacances... le soleil qui tape de 11 heures à 17 heures, la chaleur.
Le matin, il faisait bon, on ouvrait toutes les fenêtres, l'air frais rentrait. A 11 heures, on fermait tout, les persiennes, les fenêtres, on se barricadait pratiquement.
Après le déjeuner (dîner pour les amies du Québec), la vaisselle faite et la cuisine rangée, tout le monde allait faire la sieste. C'était l'heure des braves... puis, à 4 heures, la maison s'éveillait tout doucement. Ma mère et mes tantes allaient dans la salle de bain pour se rafraîchir... elles se lavaient à l'eau froide, elles mettaient de belles robes (algériennes) à fleurs, et elles se parfumaient... chacune avait son parfum, et ca sentait si bon... mais comme il faisait chaud, les parfums étaient lourds, et moi, j'avais mal à la tête, alors, je m'énervais, je protestais...

Puis, elles préparaient du café, de la citronnade... de la vraie, avec des citrons pressés et du sucre et des glacons qui cliquetaient dans les verres... quand il n'y avait pas de gâteaux, ma tante faisait de la tamina ou des beignets aux oeufs... on prnait le goûter sur la terrasse qui avait été nettoyée à grande eau...
Souvent, des tantes et des cousines venaient, et on passaient l'après-midi ensemble...
On N'avait pas la mer, on n'avait pas de plage, on n'allait pas au café ou au restaurant, mais on avait une vie très remplie et animée...

Et maintenant, j'arrive à ce que je voulais vous raconter... la femme qui me loue le MANAR est esthéticienne, et elle a son petit studio au premier étage. Aujourd'hui, elle a recu des parfums et des produits de beauté, et elle a voulu me faire essayer l'un des parfums. Elle m'en a mis sur le poignet... et depuis presque 2 heures, je suis de retour dans le passé... surtout qu'il fait aussi chaud qu'à l'époque, le soleil brille, il y a un petit courant d'air... et je me tracasse parce que je ne réussis pas à savoir ce que ca sent... une fleur... une fleur qui me fait mal à la tête... mais je revoie la terrasse, la table, les flaques d'eau par terre, et mes tantes et ma mère, j'entends leurs voix, leurs rires...
Mais je suis contente aussi que le parfum disparaîtra ce soir, parce qu'il est vraiment trop fort... il n'est pas fait pour une librairie, mais pour une terrasse...

Et ce soir, je vais acheter des citrons pour faire une citronnade avec des glacons...

Posté par Nedjma à 16:01 - Souvenirs... Souvenirs - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


14 janvier 2008

Boutelissa

Vous le connaissez, le Boutellissa?
C'est un petit vieux qui vivait en Algérie... je dis: qui "vivait" et en "Algérie"... je ne sais pas s'il allait dans les autres pays du Maghreb, le Maroc et la Tunisie... s'il allait dans les autres régions de l'Algérie... vous me le direz après avoir lu mon histoire... Moi, je suis originaire de l'est algérien... mais bon... je ne vais pas vous faire languir plus longtemps... je commence à raconter quelque chose, puis je m'éloigne de mon sujet, je tourne en rond... mais je crois vous l'avoir déjà dit: c'est typique...

Bon, je reprends... Boutellissa, le petit vieux... en général, il ne venait qu'en été, à l'heure de la sieste... vous savez, l'été en Algérie, quand il fait chaud, après le repas de midi, on est fatigué, épuisé... pendant toute la matinée, on a préparé le repas, fait la galette, grillé des poivrons... qu'est-ce que j'en sais moi... les hommes sont rentrés du travail, on a mangé, et voilà que le soleil tape de plus en plus dur... on ferme les volets, on ferme les fenêtres, les hommes sont retournés au travail, on s'allonge sur un drap frais qui ne reste pas frais longtemps... il fait bien trop chaud... de temps en temps, une mouche têtue vient vous embêter... ahhhhhh cette sale bête!!!!! Malgré tout le fly tox* qu'on a vaporisé, elle a réussi à survivre...

flytox

Mais on n'a plus la force de se lever, et il fait si chaud qu'on finit par s'endormir, assommée... Pendant 2 heures ou 2 heures et demie, rien ne bouge... on dirait que la maison est inhabitée... les enfants s'amusent et rient, finissent par s'endormir...
A 16 h, la maison se réveille... On va se rafraîchir, on change de vêtements, on prépare du café, et on s'installe autour de la table... et là... là... on apprend que le petit vieux est passé pendant la sieste... Boutellissa était là... Mais c'est pas possible, les enfants ne dormaient pas, ils n'ont vu personne...
Si... si... les femmes racontent... elles ne voulaient pas dormir aussi longtemps, mais elles n'ont pas été en mesure de se lever, Boutellissa s'était posé sur leur dos, il les a carrément étouffées... elles ont essayé de bouger, de se secouer, de le faire tomber... il est tout petit, c'est pour ca qu'on ne peut pas le voir, mais il est si louuuuuurd, ce petit vieux! Mais dès que l'heure de la sieste est passée, il disparaît comme par miracle.

Que de fois j'ai entendu cette histoire terrifiante! Je l'imaginais, ce petit vieux, avec sa gandoura, son chèche, son pantalon bouffant, sa barbe blanche... Allez savoir pourquoi je l'imaginais comme ca...
Moi, je ne l'avais non seulement jamais vu, mais en plus, il ne s'était jamais posé sur mon dos pendant que je faisais la sieste... Il ne venait que chez les adultes... les vieux...

Seulement voilà, depuis quelques années, il a émigré... oui... oui... parce qu'imaginez-vous un peu, il me rend visite de temps en temps ici en Allemagne... vous ne me croyez pas? Et il ne vient pas à l'heure de la sieste... il s'est modernisé...
Eh bien, pas plus tard que ce matin... le réveil a sonné à 6 h, je me suis retournée, et j'ai décidé de dormir encore un peu... Et voilà qu'il s'est posé sur mon dos, le Boutellissa... j'étais à moitié éveillée, j'entendais la radio, je voulais me débarrasser de lui, mais il était là, bien assis sur mon dos... vous ne pouvez pas imaginer cette sensation d'impuissance et d'angoisse... au bout d'un certain temps... je ne sais pas... quelques minutes, certainement, mais il me semblait que c'était des heures, j'ai réussi à me débarrasser de lui... vous pouvez me croire, je ne me suis pas attardée dans mon lit... je me suis levée d'un bond... je me sentais si légère... et si soulagée...

Qu'est-ce que je vous ai dit? Il ne venait que chez les vieux... Ah mon Dieu!!!!!!!!!!! Vous pensez la même chose que moi?

Serais-je vvvvvvv.... non... non... ce n'est pas possible!

Posté par Nedjma à 17:25 - Souvenirs... Souvenirs - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1