La Voie lactée

19 janvier 2016

Taous Aït: Si on s'aimait

Pour le moment, c'est l'avalanche de reproches et d'insultes parce qu'une jeune Kabyle a OSÉ parler en arabe et en français au lieu d'utiliser SA langue maternelle devant les micros et les caméras de télévision. Il y a eu même un appel au viol sur internet... appel anonyme, bien sûr, l'auteur est bien trop lâche pour signer de son vrai nom... non, il se réclame de la berbérité, il défend la langue et la culture berbères, oh quel prouesse! 
On se demande vraiment de quel droit certains estiment que nous ne méritons pas d'être musulmans, d'être Algériens... et maintenant voilà qu'un énergumène veut ôter à cette jeune fille le droit à l'identité kabyle.
C'est pathologique!
Mais pendant que nous sommes indignés, ou à bout d#arguments, ou... ou... ou... 
Taous Aït trouve toujours les mots qu'il faut au moment où il le faut, et lle nous propose une solution très simple
Ce texte me fait penser à "L'Albatros" de Charles Baudelaire


L'homme libre ne connaît pas la haine , il est trop occupé à aimer 

Il vole au dessus de montagnes et plaines , ses larges ailes déployées
Le sang qui bouillonne dans ses veines , irriguant sa soif de liberté
Il ne peut s'encombrer de lourdes chaines , que la haine lui ferait porter .
Bonjour le monde, bonjour l'humanité !!!
Et si on s'aimait aujourd'hui histoire de se sentir léger ??
@Taous Aït

L'albatros

 

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées 
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

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15 janvier 2016

Taous Aït: Dans les rues de ma ville

Hier sur facebook, j'ai vu une photo avec un article. Ce matin, encore une fois la photo, avec un autre article, et les réations des lecteurs. 
Tous tristes, révoltés, dégoûtés.
Il y a de quoi. Un jeune chanteur, avec une guitare, qui essaie de mettre un peu de joie dans la grisaille de cette année qui a commencé avec des attentats, des viols, des assassinats, des morts, et des guerres qui n'en finissent pas.
Il fait trop de bruit? Il dérange? Il chante dans la langue de "l'ennemi"?
La police l'a embarqué comme un criminel.
Il est loin, le temps où en Algérie la culture avait quand même une place, où on pouvait voir les derniers films dans les beaux cinémas, aller au théâtre, entendre des chanteurs étrangers ou algériens.
Là, je vois des photos du nouvel opéra d'Alger... mais à quoi sert un opéra grandiose et luxueux quand des petits chanteurs n'ont pas le droit de s'exprimer, de partager leur art. On sait bien que l'opéra n'est pas pour le peuple, il sera pour des privilégiés qui ont les moyens de se payer les tickets d'entrée à des prix horripilants. Alors, pourquoi empêcher les gens "normaux" d'écouter de la musique gratuite dans la rue?
Ben oui, il n'y a que les faibles qui sont punis, l'art et la cultures sont faibles
Mon amie Taous Aït a bien exprimé la situation - de manière artistique, poétique.
Si ce n'était pas macabre et si réel, je dirai que c'est beau. Mais ce n'est pas beau, c'est triste, ça donne envie de pleurer



Dans les rues de ma ville

Dans les rues de ma ville il y a des prostituées qui se font tabasser ; c'est okay ....c'est okay ....
Des dealers intouchables qui distribuent la mort à des écoliers ; c'est okay ....c'est okay .....
Des pickpockets organisés et des voleurs à l'arrachée ; c'est okay ....c'est okay ....
Des voyous qui harcèlent et agressent tout vagin sur deux pieds ; c'est okay ....c'est okay ....

Des petits réfugiés tuberculeux qui crèvent de faim et de froid ; c'est sympa ....c'est sympa ....
Des familles sans logis qui ont les arcades pour unique toit ; c'est sympa ....c'est sympa ...
Des barbus en jellaba qui vendent des strings et des wonderbras ; c'est sympa ....c'est sympa ....
Des prêcheurs qui vociférent menaces en hadiths et fatwas ; c'est sympa ....c'est sympa ....

Des gamins qui sniffent de la colle et d'autres qui se saoulent ; ça c'est cool ...ça c'est cool ...
Des sanguinaires amnistiés qui se fondent dans la foule ; ça c'est cool ....ça c'est cool ...
Des victimes de la "black decade" qui ont perdu la boule ; ça c'est cool ....ça c'est cool ....
Des obscurantistes qui promettent de transformer le pays en Kaboul ; ça c'est cool ....ça c'est cool ....

Mais quand un artiste essaye de semer un peu de joie ; les forces de l'ordre sont là !!! Qu'on arrête ce hors la loi !!!
Comment ose t'il jouer de la musique !!!? Qu'on enferme ce danger publique !!! 
Plus de faiseur de trouble à la place Audin , la police au service du peuple veille au grain !!
Non monsieur le troubadour d'Alger ; gratter sur ta guitare n'est ni sympa , ni cool , ni okay !!!

©Taous Ait

 

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10 septembre 2015

Notes de voyage Un vendredi à Istanbul, pour pleurer Alger

Le Soir d'Algérie
www.algerieinfo.com

Par Ahmed Tessa

Le voyage organisé s’annonce excitant pour ce groupe de jeunes étudiants dont c’était aussi le baptême de l’air. Ils ont tellement entendu parler du Bosphore et d’Istanbul qu’ils en ont rêvé des jours avant le départ. 
L’initiateur de cette opération, Hadj Brahim, la soixantaine bien tassée, a choisi la destination au motif que la Turquie est un grand pays musulman. Mieux, il ne cesse de clamer que le parti politique d’Erdogan, au pouvoir depuis une douzaine d’années, a les mêmes initiales que celui où il active, ici en Algérie ! Avant de prendre l’avion, il rassemble ses jeunes troupes pour un briefing insolite. Le hall de l’aéroport Houari-Boumédiene a pris l’air d’une mosquée, avec notre brave hadj dans le rôle d’imam. «N’oubliez pas deux choses : vous appartenez à un pays qui a fait une révolution au nom de l’islam et vous allez visiter un pays où les principes de notre religion sont scrupuleusement observés.» Et de continuer son prêche d’un air solennel et plein d’emphase : «Nous débarquons jeudi soir. Le lendemain nous sommes vendredi, jour de prière commune. J’espère que vous avez ramené tout ce qu’il faut pour honorer votre statut : la sedjada (le tapis de prière) et le kamis.» Il n’avait pas besoin de parler de hidjab, les trois jeunes étudiantes présentes le portent, même s’il est de couleur noire. Les orientations/instructions ne résisteront pas à la réalité turque. De choc en choc, notre hadj a failli connaître l’overdose. Suivons son périple.
Il est connu que l’aéroport et la compagnie aérienne sont les premières vitrines d’un pays. A bord de l’Airbus de la Turkish Airlines, au moment du dîner, la stewardess proposa à notre hadj différentes boissons. A sa grande surprise, il vit des bouteilles de vin sur le chariot. Il refusa poliment et exécuta une prière à voix douce. Premier couac et bonjour la suite. 
Après l’atterrissage et la récupération des bagages, le groupe passe dans l’immense hall de l’aéroport Atatürk. D’immenses magasins baignés de lumières les accueillent. Impossible de ne pas regarder le premier d’entre eux : une grande boutique bien achalandée en bouteilles de vins et de liqueurs aux étiquettes étincelantes. Toutes les marques du breuvage de Bacchus y sont exposées. «Mais où suis-je donc ? A moins que je n’hallucine.» L’un des jeunes étudiants du groupe n’était pas dupe du spectacle. Il fut pris d’un fou rire en observant la mine contrariée du sympathique Hadj Brahim. 
Dans les chambres de l’hôtel, un cinq étoiles en plein centre d’Istanbul, de petits frigos exhibent leurs richesses : fruits, eau minérale, mais aussi bière et petites bouteilles de vin fin. Hadj Brahim fut pris de rage, il descendit les escaliers et fonça vers la réception pour demander à changer de chambre. «Impossible, elles sont toutes les mêmes.» lui répondit le réceptionniste, en arabe égyptien. La nuit ne sera pas de tout repos. Hadj Brahim la passa prosterné en direction de la Kaâba. Il exécuta prières sur prières jusqu’à l’aube.
Dans la salle de restaurant, au petit-déjeuner, il arriva le dernier, les yeux gonflés d’insomnie, et la barbe en broussaille. 
Il n’avait pas le choix de la table. Une seule place était disponible. Il tomba nez à nez avec un couple dont la jeune femme portait une mini-cuissette et un décolleté indécent pour des yeux «tartuffiens». 
Il décida de se lever pour prendre son petit-déjeuner quelque part dans le quartier. Mauvaise journée pour lui : accolé à l’hôtel, le café où il entra était bondé. 
Des couples de jeunes Stambouliotes, les uns en tenue de vacances, d’autres en attente de partir au travail, costume-cravate et barbe rasée de près. Les femmes habillées en tenue d’été libèrent leurs corps des lourdeurs étouffantes et, suprême insulte à ses convictions, les voilà qu’elles fument – y compris celles habillées de l’élégant tchador à la turque. Il y avait aussi beaucoup de touristes étrangers, avec l’accent chantant leurs langues maternelles. 
Ce sont les amoureux d’Istanbul la laïque : des Anglais, des Asiatiques, beaucoup de Moyen-Orientaux. Ces derniers, notamment les femmes, se laisseront aller aux délices d’une liberté dont ils souffriront l’absence à leur retour au pays. Les idées se bousculent dans la tête de Hadj Brahim. Ces scènes provoquent son regard. Il décide de rebrousser chemin vers l’hôtel. Il jeûnera en ce premier vendredi en Turquie. Se préparant à la prière du D’hor, nos jeunes touristes, tout de blanc vêtus, se rassemblent au niveau de la réception. A leur vue, le réceptionniste égyptien accourt vers eux pour leur communiquer une information de taille : «Ici, le port du kamis wahabbite est assimilé à une tenue féminine. Les Turcs ne le portent jamais. Ils vont vous regarder d’une drôle de façon. Je vous conseille de l’enlever.» Un seul refusa de respecter la consigne. Il sera à la peine sur son chemin vers la mosquée, ne supportant pas les quelques regards désapprobateurs. Sa réaction est épidermique. Il insulte. Un regard haineux en guise de réponse, et ce, avant d’entrer dans le saint des saints : la maison de Dieu. El hadj fulmine. Mais que faire, si ce n’est laisser passer l’orage ? Il sera calmé et réconforté par le muezzin avec son bel appel à la prière. Pas de décibels endiablés, juste de quoi alerter le voisinage de proximité avec une voix mielleuse débitant les versets en une douce musique. A Istanbul, les comportements religieux sont différents de ceux des villes algériennes : point d’ostentation ou de tapage. On va à la mosquée en tenue propre, sans rameuter les copains ou exhiber son accoutrement acheté de Riyad ou de Djeddah. Les Stambouliotes disposent d’un entracte pour prier et retourner au boulot. 
La Turquie a adopté le week-end universel et vendredi n’est pas férié. Le contexte algérien expliqué aux Turcs les fait frémir. Ils ne comprennent pas qu’on mette à fond la sono de la mosquée, cinq fois par jour. La lutte contre toutes les pollutions n’est pas un vain mot. Et pas seulement celle du bruit. En effet, nous avons été frustrés lors de notre séjour. Et de quelle manière ! Nous étions en manque de certains éléments familiers – et ô combien appréciés dans notre quotidien de citadins du IIIe millénaire : les ballets sonores et visuels des mouches, des moustiques, des sachets plastiques et des klaxons vociférant des voitures. Point de tout cela à Istanbul ! Pas la moindre trace qui nous ferait rappeler nos chers villes et villages d’Algérie, ce pays des miracles tant vanté par les gardiens de la pensée unique. Désolant et déprimant pour des drogués au «civisme citoyen» à l’algérienne que ces tableaux vivants offerts à la vue du touriste étranger. Tout est nickel dans les rues : les ouvriers de la voierie s’y activent à longueur de journée. Ils ne sont pas à la peine comme les nôtres : le civisme à la turque leur facilite la tâche. Un civisme citoyen qui puise son essence dans le mariage harmonieux entre les nobles valeurs de l’islam et celles de la laïcité, respectueuse de toutes les religions. «Point de contrainte en religion» ; «vous avez votre religion, j’ai la mienne» : ces deux préceptes de l’Islam nous ont été assénés, dans un français correct, par un jeune étudiant d’Istanbul. 
A la question de savoir si, en Turquie, le mot ihoudi (juif) était suivi de la formule typiquement algérienne, hachak (traduit en «sauf ton respect»), il reste ébahi. Il n’avait jamais entendu pareille formule. 
Ce respect de la diversité se lit partout où le regard vous porte : dans l’espace public en premier. Quelques églises et synagogues côtoient les nombreuses mosquées, véritables joyaux d’architecture. Dans les supérettes ou les petites échoppes d’alimentation, le touriste a le choix des achats. 
La charcuterie halal côtoie la haram, celle en viande de porc. Les boissons gazeuses cohabitent avec les boissons alcoolisées locales et étrangères : bière, vin, liqueurs et spiritueux. Quand elles sont respectueuses de la tenue conservatrice, les citadines d’Istanbul recouvrent leur beau chignon d’un foulard aux couleurs chatoyantes. Leur visage est ainsi bien mis en évidence. 
Ce qui ne les empêche pas de porter le pantalon ou de consommer les produits masculins dans les cafés, les pubs (bars) ou restaurants. Elles sont libres au sens plein du terme. Personne pour les invectiver ou leur proférer des phrases assassines. Les seuls niqab ou hidjab entrevus sont ceux de touristes du Moyen-Orient, des Saoudiennes en majorité. Les hommes d’Istanbul vivent leur islam, leur chrétienté ou leur judaïté de façon naturelle, sans signes ostentatoires. Dans les rues, aucune trace de barbus à la mode intégriste, comme chez les juifs orthodoxes, par exemple. La tolérance, moteur du «vivre-ensemble» se traduit en une règle d’or appliquée à la perfection par tous les Stambouliotes. C’est par cette valeur humaniste que se fructifient les trésors touristiques de cette grande puissance économique : ses sites paradisiaques, ses monuments historiques, ses traditions culinaires et ses potentialités hôtelières. Et cette manne touristique rapporte, chaque année, des milliards de dollars et des millions de touristes qui trouvent tout ce dont ils ont besoin – y compris un vendredi saint. Un aspect du comportement des habitants d’Istanbul nous a intrigués. Dans les ruelles adjacentes aux grandes artères du centre-ville, et à chaque entrée d’immeuble sont déposés deux bols, l’un plein d’eau et l’autre de nourriture. 
Les chats et les chiens errants du voisinage y trouvent leur compte. Une marque de respect à leur égard qui les différencie du sort de leurs congénères d’Algérie soumis à la torture, à l’abattage sommaire ou, pire, à l’empoisonnement. Autre motif de curiosité : la tenue de police est quasi invisible dans la ville. La circulation, très intense, ne semble pas perturber les citoyens. Il n’y a pas de bouchons ou de disputes entre conducteurs. Pas de klaxons intempestifs. 
Les feux tricolores sont omniprésents, même dans les petites ruelles. Grace au civisme des citoyens acquis au réflexe de la prévention routière, ces nombreux feux et les passages piétons régulent à eux seuls les énormes flux de voitures. Quant à la sécurité des personnes, elle est assurée par des policiers en civil. Très discrets mais efficaces. Nous avons assisté à une de leurs interventions contre un délinquant étranger surpris en flagrant délit de vol dans un magasin. 
Surgis de nulle part, deux jeunes civils brandirent les menottes pour le neutraliser. Notre séjour sera ponctué de visites des sites touristiques connus dans le monde entier. Il ne sert à rien de les décrire ici. 
Notre contribution a pour but de souligner la beauté fastueuse d’un atout aussi prestigieux que la beauté ensorcelante de ces monuments et de ces sites naturels. Il s’agit, vous l’avez deviné, de la richesse de cœur et de l’ouverture d’esprit des citoyens de Turquie. Des qualités en vogue dans la ville touristique d’Alger des années 1970. Mais qui ont malheureusement disparu sous les coups de boutoir d’une identité comportementale et vestimentaire importée… du néant des âges. Istanbul inspirera-t-elle nos belles villes ? C’est là un défi pour les Algériens.
A. T.

 

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04 septembre 2015

Le sommeil d'un enfant

ça fait bien longtemps que je ne suis pas venue mettre mon blog à jour. Beaucoup de travail.
Mais là, je veux partager avec vous ce poème bouleversant de Taous Ait
Les événements actuels ne peuvent pas nous laisser froids, et la photo du petit noyé encore moins.
C'est de lui que parle Taous Ait dans son poème

Les vagues câlinant mon corps
Fatigué d'avoir trop joué
Sans gilet et sans bouée
Bercé par la mère Égée , je dors

Pardonnez moi pour tous ces torts
Mon petit bateau a chaviré
Sur vos plages s'est échoué
Gâchant vos paradisiaques décors

Je suis seul responsable de ce sort
Par vos châteaux de sable attiré
Mais mes larmes les ont noyés
Bien avant que je n'arrive à bon port

N'ayez ni amers regrets ni remords
Nul ne pourra vous condamner
Pour le doux sommeil d'un bébé
Quand votre propre coeur est mort .

RiP Aylan El Kourdi .

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13 octobre 2013

Tartufferie occidentale

 

Un article dans le quotidien El watan du 12.10.2013
Ce qu'il écrit là est aussi valable pour l'Allemagne quand des âmes bien-pensantes et bienveillantes veulent tout analyser selon leurs critères.

Tartufferie occidentale

La chronique de Maurice Tarik Maschino

Il y a quelques années, le maire d’un petit village du Québec – 300 habitants, aucun étranger – promulga un arrêté interdisant la lapidation des femmes. Un journaliste s’étonna : il n’y avait dans ce village aucun musulman, et s’il y en avait eu un, pourquoi le suspecter a priori de maltraiter sa femme ? «J’aime la manière dont nous vivons ici, se contenta de répondre le maire, et je ne veux pas qu’elle change.» Délire d’un paranoïaque ? Nullement. Ou alors, du Canada aux Etats-Unis, de la Norvège au Danemark, de la Belgique à la France, des pays d’Europe à tous ceux où «les Blancs» font la loi, ils sont tous paranoïaques, tous atteints par cette «hystérie galopante» qui les saisit dès qu’ils ont affaire à des musulmans. C’est ce que montre dans un brillant essai, La chasse aux Musulmans,(1) Sherene H. Razack, une sociologue canadienne, professeur à l’université de Toronto.

Le «dangereux» musulman, la musulmane «en péril» et l’Européen
«civilisé» : trois figures emblématiques que les Occidentaux mettent en scène pour illustrer la fable qu’ils se sont inventée — celle d’une grande famille de nations chrétiennes obligées d’utiliser la force pour se protéger de la «menace» que représentent les musulmans. Si cet essai rappelle les innombrables mesures de répression qu’ils subissent de la part des Occidentaux — surveillance permanente, arrestations arbitraires, torture, assignation à résidence dans des camps, emprisonnement, discriminations à l’emploi…— son mérite est ailleurs : dans l’analyse des causes d’un pareil traitement et des avantages que les Occidentaux en retirent.

La «justification» qu’ils donnent de leur conduite à l’égard des musulmans réside dans la nature qu’ils leur prêtent. D’où le terme de «pensée raciale», que l’auteure utilise pour qualifier leur attitude et qu’elle estime plus riche que le terme de racisme. La «pensée raciale» englobe, en effet, toutes les caractéristiques — immuables — qu’elle prête  aux musulmans : des êtres par nature fanatiques, irrationnels, violents et misogynes. D’où la nécessité de les soumettre à des contrôles permanents : étrangers à la modernité, hostiles à ses valeurs, mariant leurs filles de force, voilant leur femme, ils sont dangereux.

Répliquer aux Occidentaux que ce jugement est un jugement de haine, que cette «nature» qu’ils prêtent aux musulmans est un fantasme ne servirait évidemment à rien. Car la «pensée raciale» présente, pour ceux qui la propagent, de nombreux bénéfices : en accablant les musulmans, elle purifie les Occidentaux de leurs tares ; en noircissant les uns, elle blanchit les autres ; en traitant les uns de primitifs», elle permet aux autres de se croire civilisés. Sherene Razak retourne le portrait, ou le met à l’endroit, et nous invite à voir, dans la description que les Occidentaux font des musulmans, leur propre image. Prétendre que les musulmans sont des êtres frustes, qu’ils maltraitent les femmes, jouent du couteau..., c’est une façon d’exorciser leur collectivité de caractéristiques qui y sont largement présentes.

Affirmer que les musulmans sont misogynes permet de s’aveugler sur la misogynie de sa propre société ; les soupçonner d’être des violeurs potentiels, c’est oublier que dans son propre pays les viols n’ont rien d’exceptionnel, qu’en France par exemple on en décompte 108 quotidiennement et que tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son mari.(2) Faire de la violence un trait «naturel» des musulmans, c’est ne pas voir les multiples violences que les «civilisés» leur font subir — violence d’une école qui en majorité les rejette, violence du chômage et des logements misérables, violence de salaires au rabais, violence des frontières qui se ferment.

Plaindre ces musulmanes obligées de se voiler permet à une Occidentale de se croire «moderne», «civilisée», même si le soir, en rentrant, son mari l’injurie ou la gifle parce que le repas n’est pas prêt. Déplorer que tant d’adolescentes musulmanes soient interdites de sortie évite de s’interroger sur le laxisme dont on fait preuve à l’égard de ses filles et s’indigner de la présence, au pied de son immeuble, de jeunes beurs vendeurs de drogue, permet de ne pas remarquer la démarche incertaine de son fils au retour d’une soirée.

Faut-il souligner, enfin, que même la défense d’une laïcité pure et dure évite à bien des Occidentaux de constater à quel point, dans leur pays, cette laïcité est problématique ou en danger : contestation par les églises de la légalisation de l’avortement et du mariage pour tous, agressions contre les cliniques qui ne tiennent pas compte des «avertissements» des intégristes catholiques, survivance du Concordat napoléonien dans deux départements français, l’Alsace-Moselle, où l’Eglise gère les écoles à égalité avec le pouvoir civil, qui prend à sa charge le salaire des prêtres, des pasteurs et des rabbins. Laïcité, égalité des hommes et des femmes, respect de la personne humaine, liberté individuelle : il n’est pas une seule de ces valeurs proclamées que l’Occident ne détourne de sa fin et l’utilise comme arme de guerre contre les musulmans, leur ôtant à toutes, par-là même, leur signification humaniste et les érigeant en moyens sordides au service de sa tartufferie habituelle.
                          

Maurice Tarik Maschino

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27 juillet 2013

Nassim, l'Algérien du 60è

 3è épisode - 16.7.

Le temps coule, du zéro vers l'infini et du bas vers le haut, possédant cette particularité d'endormir tout le monde. Mais après une tentative avortée de câlin inuite, Nassim, cet Algérien qui a fui son Khemis El Khechna natal pour s'installer au Groenland, se décide à sortir. Il est 20h en ce Ramadhan polaire et le soleil est encore haut ; il reste près de 4 heures avant le Maghreb. Nassim a mis son anorak chinois en peau synthétique :
- Je sors.
Aleqa, sa femme inuite d'Ammassalik, occupée à jouer aux cartes sur internet, lui a simplement dit «Inouchlouarit», ce qui veut dire au revoir en groenlandais. Mais Nassim est déjà dehors. Il fait 5° en ce mois de juillet.
Nuuk, 60° Nord, capitale de la province autonome du Groenland, propriété de la reine Margrete. Nassim a instinctivement pensé à Khemis El Khechna où la chaleur est souvent l'amie de l'ennui. Mais il se l'est juré, il ne reviendra pas, du moins pas tant que tamazight ne sera pas langue officielle et, pourquoi pas, la langue inuite aussi. Après un petit tour au marché où il a acheté un kilo d'oignons du Canada, juste pour acheter quelque chose, Nassim est rentré chez lui à 21h. Encore 2 heures et demi avant le f’tour, prévu exactement à 23h26. Cette précision a ému Nassim, situé à exactement 4643 kilomètres d'Alger. Les Algériens sont-ils précis ? Il se rappelle que le adhan du maghreb était très précis, lancé avec une infinie précision, à des heures fixées avec précision. Quand il s'agit de prières, l'Algérien est très précis, pourquoi ne l'est-il pas pour le reste ? La précision n'est pas non plus le problème d'Aloqa qui, elle, n'est pas dans le calcul de la course du soleil, elle qui ne connaît que l'hiver et l'été, deux saisons où le soleil est là, où l'obscurité est là. Un genre de calendrier numérique à un seul bouton. Nassim a retiré son anorak.
- Omri, il y a ta mère qui appelle sur Skype...

El watan

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26 juillet 2013

Plus je vieillis, moins j'ai le temps

... et c'est pour cette raison que je n'écris pratiquement plus rien. Bien sûr, j'ai mauvaise conscience, mais je ne peux pas faire autrement.
Je ne vous oublie pas, et me revoilà, grâce à Chawki Amari et Nassim. Là, vous allez me voir chaque jour, je vous mettrai un épisode.
Après, il va y avoir la Transe Gaule, ce super Ultramarathon, je suis très intéressée, et j'y participe de devant mon ordi.

Ma petite librairie me prend la plus grande partie de mon temps, elle marche pas trop mal.
Pour le moment, j'ai plus de travail que d'habitude grâce aux commandes de livres scolaires.
Faudra que je vous mette de nouvelles photos, que je vous raconte un peu ce qui s'est passé depuis mon dernier message, toutes les actions que j'ai faites... promis, juré, je reviendrai

Bon, voilà... je vous laisse maintenant, à bientôt

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Nassim, l'Algérien du 60è

 2ème épisode

15.7.2013

Il est 18h à Nuuk, capitale du Groënland, province autonome danoise, et l'heure du f’tour est encore loin sur cette petite ville de 15 000 habitants proche du cercle arctique. De sa maison perchée sur un rocher glacé, Nassim, un Algérien établi sur ce très lointain territoire froid, voit la mer sombre clapoter au milieu des bateaux de pêche.
- Immak.
A Nuuk, on parle danois mais surtout groenlandais ou kalaallisut, qui signifie langue du peuple, l'une des quatre langues inuites de la branche eskimo, elle-même de la famille des langues eskimo-aléoutes. Et en groenlandais, Immak désigne «la mer», Aleqa, la femme de Nassim, fille de Ammassalik sur la côte Est de la grande île, sachant ce qu'elle dit, elle qui est née dans un grand fjord poissonneux.   
- Acho ?
Oui, Nassim est Kabyle, métastasé pour des raisons économiques à Khemis El Khechna près d'Alger, qu'il a vainement tenté de traduire à sa femme inuite. La plaine de Khechna, a-t-il simplement traduit, sans savoir lui-même ce que veut dire Khechna, à part peut-être une terre de kh’chane. Mais en bon Amazigh, les langues du peuple, Nassim connaît, et a immédiatement pris parti pour les Inuits, ces Eskimos qui, comme lui, ont fui les méchants pour aller se réfugier vers le Nord.
- Ma mère ? A Nuuk ?
Nassim délire. En ce 15 juillet, ce sont 20 heures de jeûne par jour à faire, de 3h35 jusqu'à 23h27, et il n'est que 18h. Mais bien sûr, comme tout Algérien qui se respecte, Nassim adore sa mère. Il est pourtant hors de question de l'amener ici à partir d'Alger, le voyage est long, éprouvant et aussi aléatoire que les îles aléoutiennes, elles aussi territoires d'Inuits du côté de l'Alaska. Aleqa a compris et, de ses gros bras, a enlacé Nassim pour le réchauffer. Nassim s'est laissé faire, engourdi par le froid polaire, puis s'est repris, en bon Amazigh :
- Ça se fait pas, omri, je crois. Pas de câlins jusqu'à 23h27.

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25 juillet 2013

Chawki Amari: Nassim, l'Algérien du 60è

 Comme chaque année, le journaliste et écrivain Chawki Amari écrit pour le quotidien El watan le feuilleton de l'été
et voilà "Nassim, l'Algérien du 60è"
J'aime beaucoup son style et son humour - de Chawki Amari, et aussi de Nassim.
Le feuilleton a commencé le 14 juillet, je vais mettre chaque jour un épisode.
J'espère qu'il vous plaira aussi, même si vous ne comprenez pas tout. C'est typiquement algérien, et Chawki Amari est un journaliste très critique qui ne mâche pas ses mots.

Il m'a autorisée à publier son feuilleton dans mon blog et mon forum.
Un grand merci à Chawki Amari

 

14.7.2013

1er épisode

Un musulman au Groenland ? Oui. Il a un prénom d'air frais, le pas léger et depuis quelque temps, Nassim flirte avec le cercle arctique à 4643 km de ses terres brûlantes de la banlieue d'Alger.

Car Nassim est le seul Algérien du Groenland, il a rejoint Nuuk, 64° 11' Nord, capitale de la province autonome après plusieurs séquences de vie en Allemagne, puis au Danemark. Où de là, il y a un an, il a décidé de partir plus au Nord. Pour le Groenland, la grande île de glace qui appartient encore au royaume de la reine Marguerite II du Danemark, fille du roi Frédéric IX.
- Combien ?

Parti à 24 ans de Khemis El Khechna, son point de naissance, Nassim en a aujourd'hui 35. Mais pourquoi le pôle Nord plutôt que le pôle Sud ? Parce que Nassim a été un peu à l'école, et sait qu'en Antarctique, il n'y a que des pingouins, contrairement à l'Arctique, le pôle Nord, qui est habité. Surtout, pour d'étranges raisons, Nassim déteste les pingouins, qui lui rappellent les femmes en hidjab qu'il a laissées chez lui, être errant sans vie à la recherche perpétuelle de quelque chose à mettre dans les sachets noirs qu'elles transportent toute la journée. Nassim n'est pourtant pas antireligieux puisque là où il est, à Nuuk au-delà du 60e parallèle nord, il tient à faire le Ramadhan. Sauf que la partie n'est pas facile. En ce 14 juillet d'été où le soleil ne se couche pratiquement pas, ce sont 20 heures de jeûne par jour à faire, de l'aube-fejr à 3h35 du matin jusqu'au coucher-maghreb à 23h27. Pendant le Ramadhan, Nassim fait aussi la prière, et à Nuuk, entre les prières d'el icha et d'el fedjr, 30 minutes seulement. Mais Nassim y tient.
- Dis moi combien ?

A Nuuk, Nassim a appris quelques mots de groënlandais, une langue inuit, et même pris une femme, Aleqa, une Inuite rieuse qu'il appelle affectueusement Atika. Ils n'ont pas encore d'enfants et dans sa maison multicolore, typique des habitations de Nuuk, Nassim insiste :
- Quelle heure est-il ?, demande-t-il en regardant par la fenêtre le soleil si haut en cet été interminable.
Aleqa, qui a aussi appris quelques mots d'algérien et du fond de sa cuisine, a finalement répondu à Nassim :
- Il te reste 10 heures pour le f’tour, omri.
Par solidarité, Aleqa a bien tenté de jeûner avec son mari, qu'elle aime au-dessus de tout, lui et la viande de phoque. Mais le premier jour, elle a failli mourir. 20 heures de jeûne, non, c'est impossible. Non, SF, ce n'est pas de la science-fiction. C'est saha ftorkoum.

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09 avril 2013

Tour de Taiwan - International Ultramarathon

http://www.sportsnote.com.tw/ittum2013/en-us/index.aspx

 

30 Mars au 12 Avril 2013

Et voilà, ca fait bien 10 jours maintenant que je suis accro à cet ultramarathon. Comme d'habitude... non... non... je ne cours pas... mais je trouve formidable ce que font ces gens qui courent chaque jour une distance de 80 à 90 km, chaque matin départ à 6 h... faut le faire, hein!
De 59 qu'ils étaient au départ, il n'en reste plus que 22, et pourtant, c'était vraiment des coureurs endurcis qui ont l'habitude des difficultés... mais le climat et le relief, c'est pas évident...

Said12Photo Ann Wei
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Plus que 3 jours

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