La Voie lactée

05 novembre 2018

Khamja

Khamja 

Il pleuvait , il ventait et il faisait froid , il commençait déjà à faire nuit et je devais presser le pas . Ce n'est pas facile quand la boue arrive aux chevilles et que les ordures jonchent les trottoirs , mais j'avançais quand même avec précaution , le parapluie à la main comme un funambule sur un fil de soie . 
Aucun taxi n'avait répondu à mon appel , il faut dire que dans mon pays certains métiers hibernent et il fallait absolument rattraper le dernier bus pour Alger tout en réfléchissant en cours de route à ce qu'on pouvait faire à manger quand on n'a pas eu le temps de faire son marché . Et puis il y avait les godasses du petit que je n'avais pas encore achetées , son école qui commençait à rechigner , l'inscription au bac du cadet , le loyer , les papiers , ces foutus papiers qui tardaient , 4 ans de galère dans les couloirs sombres de la bureaucratie et je ne voyais toujours aucune lueur ...Lueur ,oh purée il y avait aussi la facture d'électricité à payer ! 
J'avançais ainsi perdue dans mes pensées , le parapluie malmené par le vent venait de me lâcher , quand j'entendis soudain une voix interpeller :

"assotri rohek yal khamja !!!" (Couvre toi sale pute !!!) .

D'habitude je ne fais pas attention , je ne réagis pas , j'ignore et je continue mon chemin sans me retourner ; c'était tellement récurrent de se faire insulter que nos oreilles ont appris à filtrer , nos cœurs sont devenus imperméables à l'agressivité et nos âmes insensibles face à l'infamie et la vilité .
Ce jour là je n'ai pas pu . Il ne pouvait s'adresser qu'à moi , jetais la seule femme dans la rue . Je me suis arrêtée un instant en révisant ma tenue : Bottes , long manteau , cache nez et chapeau . Mais que diable voulait il dire par couvre toi !? De quel droit s'adressait il à moi ?? Je devais comprendre et je suis revenue sur mes pas . Il était toujours là , adossé à la vitrine d'un magasin de chaussures ,un petit freluquet probablement de l'âge de mon aîné .
"C'est à moi que tu parles ? "
Surpris , les yeux exorbités , il ne s'attendait pas à ce que je revienne le questionner ; il lâcha les quelques poils de menton qu'il caressait , fît un mouvement de langue sous sa lèvre supérieure pour libérer sa chemma , la cracha , bomba son torse rachitique pour se donner de la contenance et rétorqua :

"Ih ntiya assotri rohek ! Khemejtou leblad yal khamjat ! " 
(Oui toi couvre toi ! Vous avez sali le pays sales putes !)

"10cm de cheveux d'une femme de l'âge de ta mère arrivent à t'exciter ? " 

"Ne mentionne pas ma mère ! Ma mère est respectable , elle porte le jilbab , pas comme les khamjate comme toi !"

L'incompréhension venait de céder la place à la colère et je sentais ma rage gronder . Petite on m'avait appris que si un mâle me harcelait il fallait viser l'entrejambe et frapper , que la douleur aux testicules allait le paralyser ; en grandissant dans ma société j'ai compris qu'un coup porté à ses vagins était tout aussi douloureux , car des vagins il en avait par procuration , celui de sa mère , de sa sœur , de sa femme et de toutes les filles de la famille étaient siens . 
Je sais que c'est injuste , que la femme ne devrait pas juger une autre femme , mais c'était plus fort que moi , je maudissais mon sexe qui engendrait ces parasites ; Je fixais le monticule de sa chemma qui se fondait parfaitement dans la boue et le carton marron devenu gluant sous la pluie et sans vraiment réfléchir je criais :

"Nedrab jedek ndekhlek fel vitrina ! Tu sais c'est qui la khamja ? Ta mère qui t'a chié au monde et qui ne t'a pas éduqué ! Ta sœur qui entretient un raté comme toi pour avoir la paix ! La femelle qui va accepter de copuler avec le rat que tu es ! La khamja c'est celle qui donne son cul en cachant son identité sous le voile de la pureté et qui rafistole une membrane garante de sa virginité ! 
Tu sais c'est qui aussi la khamja ? C'est cette rue pourrie qui t'a adopté ! C'est cette société putride qui a fait de toi le tuteur de toutes les femmes que tu peux rencontrer ! C'est l'école obscurantiste qui t'a formaté ! C'est l'imam inculte qui ne t'a appris qu'à mépriser et diaboliser le sexe opposé ! 
La khamja c'est toi , toi qui te complais dans la saleté , que les ordures , les égouts , la puanteur ne dérangent pas mais que 10 cm de cheveux arrivent à indigner !!! " 

J'avais vociféré tous ces mots sales dans un même souffle , ah si ma mère m'entendait , elle m'aurait savonnée ; mais la pression et la fatigue mêlées à la colère et le sentiment d'injustice m'avaient fait perdre tout contrôle sur mes nerfs et ma bouche voulait juste se venger . 
Il était devenu vert , les yeux rougis , les poings crispés et ses dents gâtées grinçaient , il bégayait des injures sans arriver à formuler une phrase cohérente , il avait clairement très mal , tout aussi mal que si je lui avais asséné un coup de pied aux couilles qu'il n'avait plus . 
Je tremblais , je ne sais plus si c'était de froid , de peur ou si c'était la rage qui m'ébranlait , mais je tremblais . Je tenais mon parapluie aux branches désarticulées comme on tiendrait une épée , prête à décapiter la bête blessée qui avançait , quand soudain une main l'attrapa au cou et l'immobilisa . C'était le propriétaire du magasin qui venait de sortir , je ne savais pas encore s'il craignait pour sa vitrine ou s'il était juste un homme intègre comme il n'en existe que très peu désormais . Je regardais les pieds du jeune qui se débattaient à vingt centimètres du sol , il venait de le soulever d'un seul bras et le coller contre le mur .

"Roh tekhemdem khir ma tahgar enssa w yemak tedrab enechaf 3and enass ya wahed errkhiss" 
(Va travailler au lieu de harceler les femmes pendant que ta mère se tape la serpillière chez les gens espèce de vaurien !)

Il lâcha le pauvre diable et lui asséna un coup de pied qui ne l'atteignit même pas mais qui réussit mystérieusement à le faire trébucher . Couvert de boue , il traversa la rue en courant et alla se réfugier dans la mosquée Qabaa qui appelait à la prière d'El 3icha .

"Semhilna tbiba" 

Le marchand de chaussures me demandait pardon , au pluriel ; je ne sais pas s'il le faisait au nom de tous les hommes , au nom de sa commune , au nom du pays , au nom de la société ou au nom de toutes les injustices subies . Je sais seulement que je pleurais , je ne sais pas non plus si je pleurais de reconnaissance , de fatigue , de rage ou de douleur d'être femme , mais mes larmes pleuvaient . 
Je repris après cela mon chemin en pensant à toutes les "khamjate" de la nation qui comme moi triment pour survivre et à ce que je pourrais faire à manger , aux godasses du petit , aux charges de son école , au baccalauréat du cadet , au loyer , aux papiers , à la facture d'électricité et .....à un nouveau parapluie .

Bonjour le monde , bonjour l'humanité !

Taous Aït Mezghat

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28 août 2018

Farida Saffidine: hchemna

On nous a menés en bateau au lendemain de l'indépendance. Hchemna, magoulna walou.
On nous a menti sur nos ancêtres et notre histoire. Hchemna ma goulna walou.
On nous a baladés avec l'arabisation menée à la hussarde, hchemna ma goulna walou. 
On a bradé nos richesses et notre patrimoine au dinar symbolique ma goulna walou.
On a bourré les urnes et parlé en notre nom, ma goulna walou.
On a envoyé nos jeunes se faire tuer chez nous et ailleurs, ma goulna walou. 
On a bousillé l'éducation de nos enfants de la crèche à l'université, sketna we 3amlin ma chefnache we ma rinache.
On a achevé nos malades dans des hôpitaux sales et mal équipés, bkina we ma hdarnache.
On a marginalisé nos valeurs ancestrales et érigé la médiocrité en vertu nationale, derna rouhna ma fhemnache sketna we ma goulnache.
On a récompensé l'incompétence, hissé les chyatines sur des podiums, bourré les urnes pour maintenir les mafieux et les haggarines aux plus hauts postes, safegna we zeghretna m3ahoum.
On nous a humiliés en nous présentant une hypothétique carotte tout en brandissant un vrai gros, grand bâton pour les récalcitrants, louwemna les récalcitrants en les accusant de traîtres. We sketna we derna rwahna ma fhemnache.
On nous a fait manger de l'herbe et on nous a refusé le yaourt, klina lehchiche m3a kbechna we goulna bâ3 ma3a el enn3adj.
On nous a dit de serrer la ceinture alors qu'elle était déjà au dernier cran, serrinaha we ma goulnach lala.
On nous a fourgué le rébus du monde entier en biens de consommation et équipements de tous genres y compris l'alimentaire et le médicament, selekna souma ghalia we sketna we ble3na ghoussatna walou ma goulna.
On nous a bernés avec la réconciliation nationale, lguina rwahna noutoulbou fess'mah men elli katlou wladna.
On nous a raconté des bobards sur notre révolution, nos chouhada et notre histoire, radedna akadhibhoum we sketna wa ghalletna wledna.
On a forcé à l'exil notre élite et nos têtes pensantes, dawerna rissan na wa 3melna rwahna ma fouknache.
On a malmené, menacé, frappé, emprisonné nos enseignants, nos étudiants, nos médecins
Tkhabina fi diarna we ble3naha we sketna.
On a kidnappé et violé nos bambins et fillettes qu'on étrangle et qu'on jette dans des sachets poubelles, bkina fi diarna we sakerna biban na 3la segharna.
On a poignardé nos jeunes et nos hommes pour une poignée de dinars, essakhtna we walou ma derna.
On a agressé nos femmes dans la rue en plein jour et en public, dareg'na rwahna be eddine wel3adate we takalid ente3 le3rab we bererna bi charef erradjelettes. 
Goulouli ya chaab edzayer li ettawlou lssan koum ghir fi n'ssakoum wa houkm echar3 fi bladkoum 3alli ma yessalich we ma yessoumech, yadjouz we la yadjouz, halal wa harem, cheddin fi chakliat we nassiyine fi dinkoum enniyate wa rouhaniya we koudoussiat el insane, quand allez-vous réagir pour rétablir la vérité, le droit, la justice, la tolérance, le respect de l'autre, l'espoir, la sécurité, les valeurs morales universelles, l'égalité de tous, la valeur du travail bien fait, l'honnêteté et l'intégrité, la quête du savoir et de la science, l'entraide et j'en passe.
Hechemna, sketna, ma goulneche, ma khredjnech , ma dafe3nch sbahna nchemmou fel fouha ente3 el choléra habta men el 3assima we rayha t3oum 3la dzayer kamla.
Hna khir men la Suède, l'Allemagne wel marikan we França, hna manahachmouch men el choléra ki welli issoud fi bladna. 
El choléra klil 3lina, telikenna bomba temhina men sat'h el ardh, la roubamma iwelliw yenbtou men 3roug chouhadana el abrar redjel kima Larbi BenMhidi, Benboulaid we Abane Ramdane.

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Taous Aït Mezghat: Jumuâa mubaraka

Jumuâa mubaraka

-Le choléra est un châtiment de Dieu au peuple qui s'est éloigné de sa voie et qui oublie de l'invoquer à chaque pas .
-Le choléra est aussi un don de Dieu car Dieu quand il aime un peuple il l'accable .
-La prévention est simple : 7 dattes le matin , les deux derniers versets de sourate el baqara et beaucoup de Douâas avant le crépuscule . 
-Traitement selon les directives de la médecine prophétique , beaucoup d'eau bénie avec une roqia 
-En cas de décès : dire el hamdoulah . 

Je vous jure que ce n'est ni une plaisanterie , ni une parodie , ni de l'ironie ....ce sont les termes exacts du prêche du Vendredi diffusé à fond dans mon quartier Telemly .

Adieu le monde , Adieu l'humanité .

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23 août 2018

Taous Aït Mezghat: Aïd d'enfant et saute-mouton !!

Aïd d'enfant et saute-mouton !!

Petite je n'avais pas vu beaucoup de moutons à Alger, nous n'avions pas les moyens d'en sacrifier et ceux qui le faisaient se montraient très pudiques et discrets . 
En ce temps là les moutons ne se promenaient pas dans les boulevards et avenues , ne se battaient pas dans la rue , ne semaient pas leur crotte dans les escaliers , ne pissaient pas dans les ascenseurs et ne mangeaient pas leur foin sur les palliers . Ils étaient probablement apprivoisés à ne pas se conduire comme des cochons ....ou alors ce sont leurs propriétaires qui étaient simplement éduqués . 
C'était le temps des restrictions , des pénuries et des rationnements ; acheter un mouton pour les familles de fonctionnaires que nous étions était perçu comme un étalage de richesse et de l'exhibition .
Je me souviens particulièrement d'un Aïd El Kebir , je devais avoir 7 ou 8 ans ; j'accompagnais ma mère au marché du Champ de manoeuvres (je n'ai jamais compris pourquoi aller aussi loin alors que celui de Clauzel était beaucoup plus proche du quartier de la Grande Poste où nous habitions, mais bon ! )...En traversant la rue Hassiba Ben Bouali pour rentrer , mes petits bras écartelés par le panier trop lourd que je portais , je levais les yeux au ciel lui demandant pourquoi maman me choisissait toujours pour cette corvée ( il faudra qu'elle m'explique un jour ça aussi ! ) , et c'est alors que je vis une masse blanche et frisée en tomber et atterrir sur une voiture stationnée . C'était un mouton . Mais non ce n'était pas une réponse du ciel ni le don d'un Dieu clément , il venait simplement d'un balcon .
"Ya settar !!! Ya settar !!!" criaient les gens qui accouraient de toute part . 
"On peut encore le sauver !! Il est toujours vivant !!!" 
"Appelez Dahmane ....Que quelqu'un ramène Dahmane !!" 
Moi je restais sur place , pétrifiée , mon coeur battant très fort et implorant Allah que le fameux Dahmane arrive à temps pour secourir le beau bélier aux cornes ondulées. 
Dans ma tête de gamine mille questions et auto-réponses se bousculaient :
Comment sauve t'on un mouton blessé ?? 
Sûrement comme pour les humains par ambulance il sera évacué !! Oui mais je n'entendais pas de pin pon pin pon arriver !
Peut être que Dahmane allait venir de l'hôpital Mustapha juste à côté !? 
C'est cela ! Il devait être médecin ou infirmier ! Oui mais alors ....pourquoi maman n'a pas bougé pour aider ? C'était pourtant son domaine , la santé !

Maman avait déposé ses paniers , elle me tendait un flan pâtissier qu'elle venait d'acheter ( le meilleur d'Alger ! ) ....il paraît que j'étais devenue aussi pâle qu'un papier (ironique pour la kahloucha que j'étais ) , il fallait me revigorer ...
La foule continuait à s'agglutiner autour du blessé mais je pouvais encore l'entrevoir , un filet de sang suintant de sa narine ; il ne se débattait plus , respirait avec peine et sur le point de partir. ....quand soudain surgit un géant !! ( du moins c'est ce que voyaient mes yeux d'enfant ! )
À bout de souffle , les cheveux en bataille , tricot de peau et pantalon retroussé ( inapproprié pour un soignant même pour animaux , j'avais pensé .....et puis il faisait un peu frisquet ! ) ; le géant faisait signe aux badauds de se disperser pour le laisser passer. Aux mines soulagées j'avais compris que c'était le Dahmane tant attendu !! 
"El hamdoulah !! " 
Ma petite cervelle continuait à bouillonner : 
Comment mon géant allait il sauver le blessé ? Peut être allait il lui masser la poitrine, j'avais vu ça dans un film !!
Peut-etre même qu'il lui ferait du bouche à bouche ! ? Beurk. ......c'était un mouton et puis il y avait du sang. 
D'ailleurs où était sa trousse de secours et les pansements ? !

Le mystère ne dura pas longtemps , quand d'un seul coup de couteau bien aiguisé , le géant trancha la gorge du mouton . 
"Ya3ttik essaha !! Ya3ttik essaha !!" qu'on lui disait en le félicitant ; mais moi je ne comprenais plus rien en regardant la mare de sang : 
Il l'a égorgé ? .......mais ils disaient qu'on allait le sauver ! N'est ce pas maman ? 
Ma mère en colère parce que j'avais fait tomber mon flan sous l'effet de la surprise me répondit sèchement : 
"C'est sa viande qu'on sauve idiote ! Il fallait l'égorger avant qu'il ne rende l'âme pour qu'elle soit propre à la consommation !
Tu sais combien coûte un mouton ?! Hein , tu ne ne le sais pas ? " 
Et les côtelettes qu'il y a dans ton panier, tu crois que ça pousse comme le blé ? Et le foie que tu aimes tant , tu crois que ça vient des vergers ?! Hein ? Réponds ! "

Non je ne comprenais pas ....je regardais les gens qui venaient féliciter l'homme de la situation. ...et puis cette femme en jebba rouge qui se frappait le visage et hurlait de son balcon comme si elle venait de perdre son enfant ; elle était en bas à présent , la jebba toujours retroussée , retenue par les élastiques de sa culotte (ne me demandez pas pourquoi , secret culturel) , elle était descendue en trombe et remerciait vivement entre deux sanglots le superman qui venait de la sauver en sauvant (???) son mouton .
"Que Dieu te récompense ya khouya Dahmane ! Ya kheda3ti ! Ya wakhdi ! Ton oncle Mohamed m'aurait égorgée moi si le mouton était perdu ! " 
Dahmane en bon wlid el houma lui embrassa la tête en l'invitant à remonter chez elle pour préparer les bassines et beaucoup d'eau (et oui c'était du temps où les robinets sifflaient plus que ne coulaient ).........mais oui bien sûr que lui et les voisins allaient s'en occuper ......mais oui bien sûr qu'ils allaient tout monter à la terrasse , dépecer et nettoyer avant que 3ammi Mohamed ne soit rentré ........mais non elle n'avait pas à s'inquiéter !
Elle continuait quand même à se justifier , culpabilisant d'avoir failli à ses responsabilités . Le makrout , les enfants , le ménage , elle ne pouvait pas être au four et au balcon ! Comment diable ce sacré mouton a t'il pu se libérer pour se jeter du 4ème étage ! Wlid lahram il paraissait pourtant docile et sage ! 

C'était la première et dernière fois que je voyais un mouton égorgé dans une rue à Alger ; mais de temps en temps j'entendais parler d'un autre mouton qui aurait sauté d'une fenêtre ou d'un balcon dans tel ou tel quartier. Je me disais alors que ces moutons rebelles préféraient risquer la mort en quête de liberté plutôt que de rester liés pour être sacrifiés ; et à chaque fois que j'entendais celui de nos voisins du dessous enfermé dans la salle de bain tristement bêler, je lui chuchotais de notre fenêtre : "Saute mouton , saute !! " . 

Saha Aidkom , l3id amervouh , bonne fête le monde et l'humanité !!

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Amina Mekahli: Idkoum mabrouk

Pourquoi devrais-je me remettre en question, aujourd'hui à cinquante et un an, sur mes traditions que j'aime, sur mes repères qui éclairent ma voie et lui donnent un sens, sur mes souvenirs d'enfance et sur toutes ces belles choses qui font mon tout ? 
Une espèce de honte bue, de déni maladroit, de rejet (vomi) de ce qui peut-être a été mal digéré, une émancipation vers le vide des mémoires collectives ; voilà ce qu'est devenu tout ce qui m'a construite depuis un demi siècle. 
Je n'ai pas envie de recommencer à zéro pour tenter d'aimer ce que je ne connais pas, qui n'est pas moi, qui ne me parle pas...plus que tout ce qui est en moi, si précieux. Et pourquoi le ferais-je ? 
Dire "Saha idek" est devenu "Has been", fêter nos fêtes est devenu polémique, est devenu fade et sans âme. 
Enfant, j'aimais embrasser les mains de mes grand-pères, le front de mes grand-mères, les joues dodues de tous les enfants que je croisais en disant "idek mabrouk" aux miens, à des inconnus, à tout le monde...
Et aujourd'hui encore, j'appelle ceux que j'aime, des amis m'ont appelée au téléphone (certains qui ne l'avaient pas fait depuis l'Aid dernier), des voisines sont venues frapper chez moi avec des gateaux, un pain chaud ou un plat fumant, j'ai rendu aussi (il ne faut jamais renvoyer une assiette vide), des enfants dans l'espoir de récolter quelques pièces m'ont offert leur plus beau sourire...
L'Aid c'est aussi de l'amour, de la générosité, de la solidarité, des familles nécessiteuses (qui attendent ce jour pour offrir des grillades à leurs enfants une fois l'an, et oui il en existe beaucoup), des bouchers qui distribuent des quartiers de viande aux mains tendues...
Je vis mon Algérie à l'ombre des âmes solidaires qui m'empêchent chaque jour de me brûler les ailes en frôlant un soleil qui brille tellement loin de mes simples attentes d'une vie parmi les miens...dans les petits villages et les petits douars...
Saha idkoum

Amina MEKAHLI.

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14 juin 2018

Nous courons, nous les femmes

Nous courons nous les femmes.

Ramadan tire à sa fin et il nous aura fait courir, cette année encore comme les autres, depuis des siècles. 
Nous courons nous les femmes, entre le four et le moulin, entre le dehors et le dedans, entre la violence et la douceur, entre l'amour et l'oubli, entre hier et demain, entre nos corps et nos âmes, entre le silence et le cri, entre la vengeance et le déni. 
Nous courons nous les femmes, depuis des siècles, derrière les papillons et les oiseaux, derrière nos ombres déformées, derrière nos miroirs voilés, derrière les hommes assis sur le livre, derrière nos ancêtres mécontents, derrière des cheveux au vent, derrière le vent. 
Nous courons nous les femmes, haletantes sur les chemins de nos libertés confisquées, en sueur dans la nuit sur les chemins de la vie de nos entrailles en pleurs, à nous rompre le souffle jusqu'à la fin des nuits obscures de l'esclavage. 
Nous courons nous les femmes, sans que personne ne remarque les millions d'années lumière que nous tentons de parcourir pour nous en sortir, sortir de nos tombes ouvertes sur le néant, sortir des cycles du temps d'antan, sortir du champ de vision de nos geôliers, sortir des livres de lois et des cahiers de comptes à rebours vers l'an zéro de l'archaïsme. 
Nous courons nous les femmes, car nous n'avons pas appris à marcher sur la terre de Dieu en sifflant, nous n'avons pas appris à flâner en humant l'odeur de la paix, nous n'avons pas appris à sortir des sentiers battus sans nous faire mal, nous n'avons pas appris à ralentir l'élan de nos jambes tremblantes sur la route du talion. 
Nous courons nous les femmes, depuis le premier jour où nous sommes nées par erreur ou par cœur, femmes. 
Nous courons nous les femmes, mais cela personne n'y peut rien et vous le savez, ni les menaces ni les promesses ne nous feront arrêter de courir ; après nos vies à moitié, après nos destins effacés, après nos noms oubliés, après nos gloires confisquées, après nos mémoires vivantes, après nos voix éteintes, après nos seins libres. 
Ramadan tire à sa fin, mais nous continuerons notre course effrénée vers un monde qui s'appelle HUMAIN, et ni la peur de votre obscurantisme aveugle, ni l'effroi que vos slogans ignobles provoquent, ni vos serments barbares, ni vos versets détournés, ni vos phallus brandis vers le ciel écartelé, ne nous feront arrêter de courir.
Nous courons depuis des siècles en silence, résolues et déterminées, nous agrippant les unes aux autres sans trébucher et sans tomber dans vos pièges taillés dans la pierre que vous avez à la place du cœur. 

14.06.2018

Amina MEKAHLI.
Écrivaine
Auteure de plusieurs romans
- Le secret de la Girelle
- Nomades brûlants

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21 février 2018

Farid Mammeri: L'autre anniversaire

Mon ami Farid Mammeri, un poète qui m'a permis de partager ce beau souvenir.
Madame Heitz, elle ne devait pas être dupe, mais elle voulait faire plaisir à son "petit poussin" espiègle.
Un beau souvenir, une belle histoire, un bel exemple de tolérance et d'indulgence.
J'aime Madame Heitz
Et merci, Farid!

Blauer Engel



J'ai une sympathie nostalgique particulière pour ce jour. Vingt et un février ! Cela me rappelle quand j'étais un petit potache, dix ou onze ans, je ne sais plus ! Nous montions à l'infirmerie pour faire nos révisions, mon complice et ami de l'époque - Krimo de BBA, si tu me lis, il y a prescription ! - nous y étions dorlotés par Mme Heitz, l'infirmière ! Un ange de douceur !
Nous frottions le thermomètre pour faire croire à une fièvre sérieuse !
Ce jour là, j'avais dit à Mme Heitz, que je voulais rentrer chez moi parce que c'était mon anniversaire et que je voulais partager un gâteau en famille !
- Mais, je ne peux pas te laisser sortir, mon petit poussin ! m'a-t-elle dit .
De fait, mon anniversaire était le même jour, mais en janvier. Le soir même, nous eûmes droit à la totale, mes copains et moi. Nous devions être trois ou quatre. Repas particulier servi par le jovial Toto, une figure de père Noël avec de belles moustaches blanches sous ses yeux bleus de kabyle de Ben-Aknoun.
Gâteau d'anniversaire - offert par la généreuse infirmière - et lumière jusqu'à 22 heures, radio transistor et livres à notre disposition. Ce jour là, j'ai lu de bout en bout mon premier Simenon et une enquête de son commissaire Maigret !
Souvenir ému, Mme Heitz ! Et merci d'avoir été cet ange de douceur et de compassion souvent !

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09 octobre 2017

Bougaa : A l’épreuve de la 2e édition du semi-marathon

Bougaa : A l’épreuve de la 2e édition du semi-marathon

La réussite de la première édition, organisée à la même époque de l’année dernière, encourage les initiateurs de l’action à récidiver.

Comme l’appétit vient en mangeant, les concepteurs du projet aux multiples objectifs programment la deuxième édition pour vendredi 13 octobre. Selon Halim Zehouane, membre actif du comité d’organisation, 120 coureurs, dont 12 femmes, se donnent rendez-vous. Devant parcourir 22,3 km, les participants prendront le départ à Tala Troumit,  se dirigeront vers Aïn Roua,  par la suite emprunteront  la pente de Theniet Beni Ouassine avant de franchir la ligne d’arrivée à Ain Meddah. Organisée par des bénévoles appuyés par la municipalité de Bougaa et des sponsors, la manifestation est l’occasion idoine pour non seulement encourager la pratique sportive dans la nature,  mais aussi stimuler les férus du footing et de la course. Ne faisant pas les choses à moitié, les organisateurs, pour lesquels la reconnaissance est une vertu, tiennent, en marge de la manifestation ouverte à différentes catégories d’âge, à rendre hommage à des enfants de cette belle région. Ainsi, le défunt Nacer Rachedi, ex-arbitre fédéral, Yazid Redha ex-entraîneur national de volley-ball, le journaliste de l’ENTV Dris Dakik et le médecin Said Kahla, un ultra-marathonien  seront honorés. Pour les incommensurables  services rendus à la collectivité et au pays, ces figures méritent ce clin d’œil sincère et désintéressé.

La cérémonie,  qui sera sans doute marquée par la présence des parents, proches et amis des figures précitées, va à n’en pas douter vibrer. «L’expérience du coup d’essai nous pousse  franchement  à pérenniser l’événement ouvert à tout le monde. En plus de l’aspect sportif, nous essayons  à travers cette action  faire connaître cette belle région du nord de la wilaya de Sétif, où la nature et certains paysages sont uniques au monde. Nous  profitons de l’opportunité pour non seulement sensibiliser les jeunes et moins jeunes à pratiquer la course ne nécessitant   pas beaucoup de moyens, mais à créer un club de marathoniens à Bougaa,  où  le relief s’y prête. Nous désirons en outre que nos enfants suivent le chemin du Dr Said Kahla, un abonné des ultra-marathons où  il ne manque jamais de brandir l’emblème national, aux derniers dix kilomètres de la course» souligne, non sans émotion, Halim Zehouane, l’autre cheville ouvrière du comité d’organisation de cet  atypique événement devant faire des émules.

El Watan 
9.10.2017

http://www.elwatan.com/sports/bougaa-a-l-epreuve-de-la-2e-edition-du-semi-marathon-09-10-2017-354257_110.php

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04 septembre 2017

Ma petite librairie a 10 ans

 

 

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13 août 2017

Taous Aït Mezghat: Discussion matinale avec un "zawali mahgour "

 C'est affreux! Je suis sans mots, mais Taous les a trouvés, les mots qu'il faut pour décrire, dénoncer cet état de faits... 
Quand je pense que dans l'article que j'ai lu hier, l'accident a été présenté de manière tout à fait différente... C'était la faute des infirmières, des sage-femmes, des médecins... mais là, on a une autre version...
C'est vraiment du mépris de la part de ces hommes... mépris, manque de confiance, hypocrisie... 
Mais le plus beau, ils refusent qu'un médecin-HOMME examine sa femme, mais il ne laisserait pas sa fille faire des études, et il est contre les femmes instruites et qui "sortent"... quelle société!!!! mais quelle société!!!!

TAOUS:

"Sobhane Allah ! La vie humaine n'a aucune valeur dans ce pays ? Hein ? La pauvre femme est morte et le crime reste impuni ? Si la chariâa était établi la gynécologue et la sage femme devraient payer par leur vie ou au moins la diya et pas seulement aller en prison ! Bezaf yahagro zawaliya ! "
Allah yerhamha , en effet tout responsable doit payer ....mais voyez vous , la gynécologue était en congé légal , la sage femme ne peut pas prendre en charge un accouchement à risque et c'est le mari qui a refusé que la défunte soit examinée par le gynécologue homme qui était sur place . Ce mari doit payer pour la mort de sa femme .....
"Wechnou ? La hawla wala 9ouwata ila bilah ...c'est une épreuve divine ....et Dieu quand il aime son croyant il l'éprouve ....inchallah qu'il va récompenser ce pauvre homme en lui donnant une autre bonne épouse et une progéniture bénie ! "

Ah oui ? Et la valeur de la vie de la défunte dont vous parliez ? Et le châtiment du responsable de sa mort et le prix du sang et tout le blablabla ? Comment diable le bourreau est soudain devenu la victime qui doit être récompensée ! ?
"Yemala kifach ? Wine el horma ? Wine errejla ? Il laisse un autre homme toucher sa femme ? Dayouth ? Sa femme de toute façon est morte en donnant la vie , il l'a enterrée en martyre et sa place est au paradis ! 9adara Allah wa ma cha2a fa3al ! Ibtila2 min rab el 3alamine ....Baraka Allah fih , rajel w noss ...mais vous , vous n'aimez pas les hommes ! "
Ce ne sont pas les hommes que nous n'aimons pas , ce sont les faux culs , les frustrés et les obscurantistes qui cachent leur manque de virilité sous le masque de la religiosité .

Au fait ....vous n'êtes ni zawali ni mahgour , vous êtes un hypocrite opportuniste et voleur de surcroît , 1000 DA pour 17km de trajet c'est hram et de la hogra .

#انقرضوا
#يا_فتاح_يا_رزاق

Bonjour le monde , bonjour l'humanité !

Posté par Nedjma à 13:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]